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Cyrille Mauchamp, en charge de la gestion de projet à l’ANAF et Directeur Général de Proactive Academy, était l’invité de Bruno Duvic sur France Inter dans son émission Un jour en France du 12 janvier ! Il répond aux questions de plusieurs journalistes au sujet de la part de l’apprentissage dans les effectifs des entreprises françaises. Le thème de l’émission était “Apprentissage : pourquoi tant de mépris ?”. Découvre en détail son intervention…

L’un des freins à l’apprentissage, bien souvent, c’est le manque d’adéquation entre la formation en milieu scolaire et celle en entreprise. Cela peut paraître surprenant mais c’est souvent ce qui manque aux apprentis : la capacité à s’adapter aux demandes professionnelles de leurs patrons. Et cela ne vient pas tant de l’apprenti, mais souvent de son encadrement en milieu scolaire. La région Île-de-France et la CCI d’Île-de-France se sont lancées dans une expérimentation : la démarche proactive.
C’est-à-dire que le jeune apprenti, lorsqu’il revient de chez son patron, peut demander à son enseignant d’apprendre ou de réviser tel ou tel geste technique.

Comment fait-on pour que cela se passe bien ?

cyrille-mauchampCyrille Mauchamp : Cela a été clairement décrit dans le reportage, on le voit bien : à partir du moment ou l’on met en place un accompagnement qui est centré sur l’anticipation des besoins immédiats de l’entreprise, ça fonctionne. Pour vous donner des chiffres, une expérimentation a été menée sur 10 000 jeunes, on était avant cela à 20 % de ruptures de contrats, 5 ans après on est à 5 %.

Et alors concrètement cet accompagnement, il consiste en quoi ?

CM : Je vais vous donner un exemple. Quand on accompagne des jeunes à la recherche de contrats, par exemple dans le milieu de la restauration, souvent lorsqu’on demande à un jeune apprenti comment il compte s’y prendre pour trouver son contrat, il répond : « Je vais appeler, je vais aller voir l’entreprise, et je vais dire que je cherche un contrat d’apprentissage ». Nous, on essaie de vraiment renverser cette logique. On va plutôt demander aux jeunes d’aller s’intéresser au métier, de s’intéresser aux attentes et aux besoins immédiats de l’entreprise.

Un jeune qui discute avec un restaurateur et se rend compte que dans les jours qui viennent, il va devoir faire des menus végétariens, eh bien nous allons retravailler cela, avec l’aide du CFA, et l’on va dire au jeune de travailler plutôt sur les différentes techniques d’épluchage de légumes par exemple. Si bien que, quand il va revenir en entretien d’embauche face aux professionnels, au lieu de dire : « Je sais que vous avez 5 salariés… » et poser des questions un peu classiques, il dira plutôt : « J’ai compris votre besoin, vous vous allez faire des menus végétariens, et bien moi je vais commencer à me sensibiliser aux techniques de découpage de légumes ».

Donc on est vraiment dans un suivi très fin, quasiment au quotidien ?

CM : Oui, au quotidien. Cela permet de créer de la valeur pour l’entreprise, car avant même d’avoir signé un contrat, on commence à se former. Il y a ici une valeur économique, mais aussi une valeur sociale. On parlait de fierté plus tôt dans l’émission. Eh bien quand on a un accompagnement proactif, justement centré sur ces anticipations des besoins immédiats, on a envie d’apprendre, on a envie d’aller en entreprise. C’est cela qui est très important, car cela évite beaucoup de ruptures de contrats.

Comment faire pour améliorer le statut de l’apprentissage et son image ?

CM : Il faut travailler sur la reconquête des entreprises qui ont été déçues par l’apprentissage. Cela passe principalement par un accompagnement. À 16 ans, on n’est pas habitué au monde de l’entreprise, je fais le lien ici avec l’ANAF car Proactive Academy dépend de cette association. Il faut savoir que plusieurs personnalités politiques se sont engagées à déployer des démarches proactives d’accompagnement des jeunes.

Je pense à Xavier Bertrand, Valérie Pecresse, Edgar Morin, qui se sont tous engagés, par écrit, en tant que présidents et présidente de régions à déployer cet accompagnement parce qu’il y a une prise de conscience. Il faut mettre en place des choses au niveau macro-économique mais aussi au niveau micro-économique, et pour cela on passera par l’accompagnement des apprentis.

Il faudra convaincre les entreprises unes à unes ?

CM : Il faudra passer par l’anticipation des besoins des entreprises. Rendre sexy l’apprentissage. On sort par ailleurs une plate-forme qui s’appelle Trouve Ton Entreprise, avec plus de 200 000 euros récoltés auprès d’investisseurs, publics et privés, pour aider les jeunes apprentis. Ce sont des jeunes qui parlent à des jeunes, et qui vont aider les jeunes à s’en sortir.
Retrouve son intervention en cliquant ici !

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