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Certes, les différentes mesures concernant le compte personnel de formation et les dispositifs rénovés vont faciliter l’accès et le droit à la formation pour tous. Mais tout cela ne suffira pas si l’on ne précise pas en même temps comment renforcer l’envie de se former, notamment pour ceux qui sont les moins attirés par la formation ou les moins disponibles.

Mobilisons d’urgence les autorités et les opérateurs dans la recherche systématique des modalités qui attireront beaucoup plus fortement nos concitoyens vers les formations. Sinon, ces derniers continueront à sous utiliser massivement leur droit à se former et les bienfaits de la formation elle-même.

Les pratiques qui génèrent le mieux l’envie de se former s’appuient le plus souvent sur une utilité immédiate du savoir, en entreprise ou dans la vie courante. Cela passe par une anticipation des besoins de production imminents de l’entreprise (dans la formation en alternance) ou des besoins réels imminents de l’apprenant dans sa vie courante.

Cette imminence et l’enjeu personnel qu’elle contient constituent la pierre angulaire d’un renversement pédagogique émergent qu’il est urgent de généraliser. La démarche qui exploite cette imminence est encore peu développée aujourd’hui, non pas à cause de sa complexité ou de son trop faible rendement, mais simplement parce qu’elle paraît moralement dangereuse pour la plupart des pédagogues.

Politiquement, ces notions d’utilité et d’immédiateté nous font tout de suite penser à une aliénation du savoir. Mais sur le terrain, c’est tout l’inverse que l’on observe.

Au contraire, cette utilité immédiate du savoir, après avoir donné ou redonné l’envie d’apprendre, induit très vite une envie de chercher à savoir, de se cultiver, indépendante des besoins de l’entreprise ou d’un quelconque utilitarisme. Cette ouverture est encore plus forte si elle est accompagnée par les formateurs.

Affirmons donc, au sein même du principe de compte personnel de formation et des dispositifs rénovés, à la fois la nécessité d’exploiter l’utilité immédiate du savoir et celle de se dégager ensuite de cette utilité exclusive. Cela permet d’aider tous les publics à s’engager dans la formation dans un premier temps, et à acquérir une appétence culturelle plus large dans un deuxième temps.

Pour une minorité de nos concitoyens, cette soif de savoir, cette conscience que la connaissance est à la fois la clé du dévouement à autrui et de l’émancipation, de l’efficacité professionnelle et de l’épanouissement personnel, cette soif de savoir donc, s’est construite par chance dans l’enfance, et plus tard, progressivement, grâce à des circonstances favorables ou des rencontres décisives.

Pour tous ceux qui n’ont pas bénéficié de ces circonstances et chez qui le mouvement vers le savoir est insuffisant pour accéder à ce bonheur, nous devons aujourd’hui engager la nation toute entière dans une nouvelle façon de se former.

Cette impulsion vers une véritable croissance culturelle et scientifique collective doit s’ancrer à la fois dans la garantie que ce que l’on apprendra sera tout de suite utile et que cette utilité nous mènera ensuite à un amour durable de la connaissance.

Alban Micoli

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