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Contribution de l’Association Nationale des Apprentis de France pour les assises de l’Enseignement Supérieur avec la participation de Philippe JAMET[1] directeur de l’Ecole Nationale Supérieur des Mines de Saint-Etienne.

Depuis une dizaine d’année, les apprentis ont pris une place non négligeable dans les effectifs des établissements de l’enseignement supérieur (Université et écoles privées). Un quart des apprentis sont inscrits dans le supérieur, 58% dans des formations de niveau III (STS, IUT), 17% dans des cursus de niveau II (licence et équivalent) et 25% dans des cycles conduisant à des diplômes de niveau I (masters et plus).

Nous devons l’apprentissage aux compagnons du devoir qui forment des jeunes depuis la nuit des temps, faisant perdurer des métiers aussi utiles que prestigieux. Des générations de jeunes se sont succédées pour bâtir et entretenir nos monuments, nos infrastructures et nos maisons. Leur savoir faire est reconnu par tous. Aujourd’hui, L’apprentissage s’est enrichi de milliers de jeunes cadres motivés et compétents, intégrant nos PME aussi bien que nos grands groupes mondiaux après avoir obtenu leurs diplômes de licences ou de masters en apprentissage. Les formations en alternance dans le supérieur visent à concurrencer, aujourd’hui, les grandes écoles.

Le savoir-faire de nos entreprises est une richesse que vient faire perdurer l’apprentissage, dont une des valeurs fondatrices est la transmission entre générations. Nous, apprentis, croyons aux vertus de l’apprentissage dans cette transmission de connaissance.

L’État doit appuyer les filières génératrices de jeunes qualifiés, aux compétences reconnues afin de maintenir une grande partie de nos entreprises et secteurs économiques en France.

L’apprentissage donne accès à des diplômes, souvent prestigieux à un plus large éventail d’individus, intégrant les aspects sociaux et toutes les formes d’intelligence. Elle permet de rapprocher le monde de l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise.

À l’ANAF nous considérons donc que l’alternance doit être soutenue non seulement par des moyens, mais aussi par une vision d’excellence, nette et ambitieuse.

Continuer à valoriser l’image de l’alternance

 La montée en puissance de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur a permis de faire un gros travail sur l’image de l’alternance. Pourtant, trop souvent dans les déclarations politiques, l’apprentissage est associé, de manière explicite ou subliminale, aux problématiques de l’échec et de l’insertion.

Il arrive qu’il y ait un abus sur le discours « d’amortisseur social » de l’alternance, venant à masquer sa valeur intrinsèque.

Nous trouvons que la publicité qui en est faite, qu’on voit sur les écrans, qu’on entend sur les ondes et les questions « bateaux » des journalistes, est souvent très contre-productive.

Même si ces discours viennent illustrer une vérité qui ne doit pas être mise de côté, ils ont pour effet d’entretenir, dans les représentations sociales, une perception globale de l’apprentissage comme la voie de la seconde chance et le maintiennent dans une position subalterne par rapport aux cursus « classiques ».

Donner une représentativité scolaire aux apprentis, digne de celle des étudiants 

 Nous entendons toujours parler sur le sujet, deux des trois parties prenantes qui constituent le contrat d’apprentissage ou le contrat de professionnalisation : les écoles et les entreprises.

Les apprentis dépendent d’un grand nombre d’acteurs en fonction du secteur et de l’établissement où ils font leurs formations : Régions, CFA, Universités, Entreprises, branches professionnelles, Ministère de l’Education Nationale, Ministère de l’Enseignement Supérieur, Ministère de l’Agriculture, Ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle, etc.

À qui les apprentis doivent-ils s’adresser quand ils ont besoin d’exprimer leurs revendications comme ils pourraient le faire dans un système traditionnel à l’Université ou dans les lycées ?

Au niveau des Universités, les étudiants/apprentis ont le droit de vote aux instances représentatives, mais ceux qui se trouvent dans les autres établissements n’ont pas la possibilité de s’exprimer.

Nous demandons la création d’un système représentatif dédié aux alternants quelque soient leurs établissements de formation.

La loi oblige les centres de formation à inviter les apprentis dans les conseils de perfectionnement mais aucunement dans les conseils d’administration des établissements.

Ce système devra ressembler à celui de la vie Lycéenne ou à celui de la vie Universitaire. Composé de trois niveaux :

Niveau établissements :

Conseil d’administration : places réservées aux apprentis dans le conseil d’administration

mode de scrutin : à définir

Conseil des études et de la vie des apprentis (CEVA) : conseil garant des libertés d’expression des étudiants en alternance dans l’établissement.

mode de scrutin : les membres du conseil pourraient être élus au scrutin de liste à un tour à la représentation proportionnelle avec répartition des sièges restant à pourvoir selon la règle du plus fort reste.

Niveau régions :

Conseil Régional et académique de la vie des apprentis (CRAVA) : Ce conseil serait un outil de représentativité et d’expression des apprentis auprès des régions financeurs de leurs formations. Il pourrait arbitrer avec les élus de la politique des régions liées aux questions de l’alternance (Ce conseil existe en fonction de la politique des régions, l’ANAF souhaite qu’il devienne obligatoire en France).

Au sein de ce conseil devront être présents des représentants des académies concernées par le territoire de la région ;

mode de scrutin : les membres de ce conseil pourraient être élus au scrutin de liste par les élus titulaires et suppléants des conseils des études et de la vie des apprentis (CEVA).

Niveau national :

Conseil National de la vie des apprentis (CNVA) : Ce conseil serait un lieu d’échange entre les différents ministères en charge de l’alternance et les représentants nationaux des apprentis.

Il reste à définir le périmètre et le poids de ce conseil : arbitrage des budgets à la vie des apprentis ?

Cette proposition ne doit pas être définitive et peut être complétée par l’ensemble des acteurs.

Note : dans le système universitaire, le rythme des apprentis dans l’organisation des élections universitaire est très peu pris en compte. Souvent, les apprentis ne peuvent pas voter, car ils se trouvent en entreprise.

 Donner une représentativité aux apprentis dans les entreprises

 L’ANAF considère que les apprentis ne sont pas représentés par les syndicats dans les entreprises. Le contrat de travail que représente le contrat d’apprentissage donne le droit aux apprentis à une représentativité.

Nous demandons à l’État d’étudier comment les apprentis peuvent accéder aux conseils d’administration des entreprises de plus de 250 salariés.  Il est important que les apprentis soient associés aux décisions de l’entreprise. On pense aussi qu’obliger les entreprises à organiser une élection pour élire des apprentis au CA par les apprentis pourrait faire en sorte de leur donner une sensibilité citoyenne.

L’accompagnement des alternants avant et pendant la formation

 Pour l’ANAF, l’augmentation du nombre d’apprentis dans l’enseignement supérieur doit nécessairement passer par un ambitieux projet d’accompagnement des étudiants vers et pendant leur alternance.

L’idée est d’accompagner les futurs apprentis dans leur recherche d’entreprise et ensuite, dans leur relation avec leur entreprise d’accueil en vissant des missions valorisantes. Cela permet d’anticiper les situations les plus délicates avec les professionnels et induit une posture attractive vis-à-vis de l’entreprise.

Une relation constructive des jeunes avec l’entreprise, peut selon nous, redonner du sens aux contenus scolaires pour les jeunes et renforcer chez ces derniers « l’envie d’apprendre ». En développant une pédagogie de l’alternance qualitative, l’ANAF espère ainsi éviter les ruptures de contrat, qui représentent dans le supérieur 14% des contrats signés en alternance tous diplômes confondus.

L’enjeu est de taille selon l’ANAF, puisqu’il s’agit aussi de renforcer la qualité des mémoires et recherches réalisées souvent trop « scolairement » dans les cycles supérieurs.
L’enjeu est aussi celui d’une certaine évolution des pratiques pédagogiques à l’université, notamment concernant le lien opérationnel entre les savoirs et le monde professionnel ou/et économique.

Une des dernières études réalisées sur les ruptures par la Région Ile-de-France, grâce à une analyse novatrice des causes et mécanismes de rupture, nous permet d’envisager des pistes opérationnelles sur ces dernières questions.

Un lien entre Université et entreprise renforcé

 Nous ne pouvons plus opposer le tout éducatif au tout économique. On ne doit plus considérer l’entreprise et l’Université comme deux sphères indépendantes. Il devient donc urgent de combler le fossé existant entre l’Université et l’entreprise.

En effet, un lien étroit entre travail et formation permet aux étudiants de mieux s’approprier le savoir, la culture et les valeurs éducatives.

A l’heure où les étudiants des Universités souffrent d’un manque employabilité, il est essentiel de développer l’apprentissage à l’Université.

Certaines formations universitaires doivent s’ouvrir davantage à l’apprentissage comme la psychologie, les sciences pharmaceutiques, la médecine, l’histoire, l’art,…

De plus, l’apprentissage va permettre de rendre plus opérationnel le savoir. Par exemple, l’écriture d’un mémoire universitaire dans un contexte de formation orienté vers l’action devient plus concret, moins scolaire pour l’étudiant.

L’alternance ne peut plus être considérée comme une source de revenus complémentaire pour les Établissements permettant d’illustrer leur politique d’ouverture sociale. En effet, par le biais de la taxe d’apprentissage, l’apprentissage permet à ses établissements de compléter, souvent gracieusement, leurs budgets de fonctionnement.

L’alternance doit donc être avant toute chose une voie d’excellence au sein de l’enseignement supérieur.

 



[1] Monsieur Jamet a accepté qu’on reprenne plusieurs de ces idées illustrées sur son blog pendant l’été.

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