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Discours pour la biennale de l’éducation, Conseil Régional d’ile de France,

 

Monsieur le Vice Président du conseil régional, mesdames, messieurs les élus, représentants de CFA, délégations étrangères,  mesdames, messieurs, membres de la grande famille de l’éducation, de l’apprentissage,

 

C’est une journée historique pour l’association nationale des apprentis de France… en nous invitant à cette tribune, la région Ile de France reconnait l’ANAF comme interlocuteur à part entière sur le sujet de l’apprentissage, de l’éducation et de la jeunesse. C’est la première fois, qu’en France, une organisation représentant les apprentis, a la possibilité de s’exprimer directement. Le fait que nous intervenions juste après des témoignages d’apprentis qui, à notre avis, sont très nouveaux aussi, renforce vraiment notre parole. Je reviendrai sur ça, mais je peux déjà vous dire que ce que nous avons entendu ce matin, selon nous, c’est l’avenir. C’est vraiment ce qu’attendent les jeunes et nous cautionnons à 100%.

En tant que cofondateur et actuel président de l’Anaf, je me joins à toute mon équipe, à l’ensemble de nos adhérents et aux apprentis qui se sentiront représentés, pour vous remercier Monsieur Maurel et l’ensemble des élus du conseil régional, des  services à la Région, de nous donner cette légitimité, car sans elle, nous ne pourrions pas participer efficacement aux défis qui nous attendent tous….
DEBAT STERILE EDU / ECO

Il est vrai, on a souvent entendu les acteurs de la formation professionnelle, de l’apprentissage, parler de nous, sans réellement nous donner la parole, sans réellement se poser la question de ce que les apprentis pensaient, de ce à quoi les apprentis aspiraient pour cette formation, pour leur avenir…

 

L’apprentissage a été pour certain un simple outil de lutte contre le chômage des jeunes, en multipliant les annonces chiffrées, jouant sur les amalgames, l’opposant à l’enseignement traditionnel et à l’enseignement supérieur, réduisant encore l’apprentissage à une simple voie de garage pour les moins bons, les moins dotés, une jeunesse qu’on envoie dans l’entreprise, car on estime qu’elle n’est pas bonne pour autres choses. Nous ne croyons pas à une généralisation de l’orientation précoce vers l’entreprise.

 

À l’inverse, certains voudraient enfermer les jeunes dans les écoles et arrêter le développement de l’apprentissage… Nous ne croyons pas que l’académisme, seul, réponde vraiment aux attentes des jeunes.
SORTIR DU DEBAT STERILE
À l’ANAF, nous considérons que le débat qui oppose plus ou moins ouvertement, mais profondément, l’école et les entreprises doit cesser ! Nous ne voulons plus être pris en otage entre les patrons et les enseignants, entre la droite et la gauche ! Comme nous avons pu l’observer encore récemment.

Ne laissons plus croire qu’être en alternance revient à abandonner l’école et à être exploité par son entreprise. La concrétisation des faits théoriques vus en classe est aujourd’hui un élément recherché par une majorité de jeunes dans ce pays. Pourtant, ce fait est totalement occulté par un débat dogmatique qui oppose le « vilain monde économique » aux « gardiens du temple » de l’Éducation nationale . Nous n’arriverons pas à aider vraiment les jeunes si nous ne dépassons pas ce débat-là.
ZOOM PEDAGOGIE

À l’inverse, on ne doit pas considérer l’alternance comme LE seul moyen de combattre le chômage des jeunes. Nos femmes et nos hommes politiques doivent mener une réelle réflexion sur le système éducatif en France. Nous ne pourrons pas aider réellement les 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification si nous ne revenons pas à la principale source de ce phénomène ? Selon nous, cette source est la pédagogie.
Nous devons réfléchir à une approche pédagogique qui concilie beaucoup plus le monde social et éducatif défendu par les enseignants et le monde économique défendu par les entreprises. C’est pourquoi nous défendons l’approche qui a été présentée aujourd’hui. Elle donne manifestement aux jeunes une nouvelle « envie d’apprendre » et une meilleure efficacité en entreprise. Nous savons, nous apprentis, que cette efficacité, nous l’utilisons ensuite pour notre vie personnelle et aussi sociale. Je ne serais pas là si je n’avais pas appris à être efficace professionnellement avant (tu peux redire ce que tu as dit hier, c’était très bien).
REFORMER L’APPRENTISSAGE

Je vous le dis sincèrement, l’apprentissage ne pourra pas répondre aux défis qui se présentent à la jeunesse et à la société tout entière, s’il ne vient pas à généraliser les excellentes pratiques que nous venons de décrire. Pour cela, il faut que les pouvoirs publics l’aident à se réformer.
LES ACTIONS CONCRETES

Nous avons pour mission d’accompagner ensemble les jeunes dans la relation avec les entreprises. Cette relation doit se faire à plusieurs niveaux :

 

– Nous devons mieux accompagner les apprentis dans leurs recherches d’entreprise : combien de jeunes se présentent à un chef d’entreprise en demandant un poste / une mission, au lieu concentrer son attention sur les besoins de celui-ci ?

Et je ne vous parle pas des lettres de motivation et des CV… qui sont souvent peu efficaces, voire décourageant tant on ne maîtrise pas leur retour.Nous menons en ce moment même une expérimentation avec le CFA du Cnam pour donner les codes aux jeunes qui ne les maitrisent pas pour qu’ils réussissent eux aussi à communiquer avec le monde économique.

 

– Nous devons mieux accompagner les formateurs et les enseignants dans leurs relations avec les entreprises.

Nous sommes totalement en accord avec ce qui a été montré ce matin, et nous voulons que soit développée la formation des accompagnateurs pour négocier avec les entreprises quand les missions sont insuffisamment formatrices pour les jeunes. Une situation qui est responsable de la majorité des ruptures de contrat ! Là aussi, notre expérimentation avec le CFA du Cnam nous permet d’aider les apprentis, et peut-être les formateurs, à mieux exploiter les activités en entreprise pour dynamiser le parcours scolaire. Nous sommes prêts à travailler avec d’autres CFA.
L’Anaf a déclaré plusieurs fois par voie de presse qu’elle soutient les pratiques que la région Ile-de-France encourage aussi et dont nous avons parlé encore ce matin. Mais nous pensons que ces pratiques ne sont pas encore assez développées. Trop de jeunes souffrent de pratiques qui sont très différentes, très scolaires.

CONCLUSION
Pour conclure, nous pensons à l’Anaf que les apprentis méritent l’excellence pédagogique ! Et nous ne pourrons l’obtenir, comme on l’a vu ce matin, qu’avec le renforcement du lien entre la formation et le travail réelMais surtout en changeant de discours sur l’apprentissage, en arrêtant les amalgames, en arrêtant les oppositions, dans le supérieur, comme dans le secondaire.

Monsieur Maurel, Mesdames, Messieurs, nous pensons qu’une alternance bien maitrisée, avec un lien équilibré entre le savoir et l’action, peut constituer un nouvel outil, un nouvel ascenseur social, répondant à une autre forme d’intelligence des jeunes, souvent oubliée dans les causes du décrochage scolaire…

 

L’ANAF a décidé lors de sa création, il y a plus d’un an, de fonder son identité sur cette approche si chère aux apprentis eux-mêmes, et nous sommes ravis de voir que vous y êtes attentifs. Vous pouvez compter sur nous pour vous aider à faire de l’apprentissage une formation d’excellence et un espoir concret pour la jeunesse.

 

Merci

 

Morgan Marietti

Président de l’ANAF,

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