Clément Delpouve, 31 ans, vit dans le Pays Basque et son parcours étudiant aux multiples expériences a piqué la curiosité de l’équipe de l’ANAF. Rencontre avec cet ancien apprenti devenu chef d’entreprise.

Clément, nous savons que tu as mené un riche parcours étudiant ! Peux-tu rapidement en dresser le portrait pour nos lecteurs ?

« C’est vrai que mon parcours est assez atypique, il ne va pas être évident de le présenter rapidement, mais essayons. En étant en classe de seconde, je ne trouvais pas ma voie et ne me sentais pas à l’aise dans le système général puisque, malgré ma moyenne de 11-12 sans vraiment travailler, je me retrouvais à devoir apprendre des matières qui ne m’intéressaient pas. J’ai donc décidé de suivre un bac professionnel « Conduite et gestion d’exploitation agricole, option entraînement de chevaux de compétition » dans une école de montagne – j’ai grandi en Franche-comté, où j’étais baigné dans la nature et passionné par l’agriculture, ce qui m’a à l’époque donné envie d’en faire mon métier. Travailler avec les chevaux était un échappatoire, mais je ne veux plus en faire ma profession pour des raisons de perspectives.

Après mon bac pro, j’ai intégré un BTS agronomie à Lille, que j’ai obtenu avec mention bien. La passerelle entre un bac pro et un BTS n’est pas toujours évident, j’ai dû prendre le train en marche mais je pense que dans la vie, beaucoup de choses s’obtiennent en persévérant. J’ai ensuite intégré une école d’ingénieur dans le secteur agronomique à Beauvais, avant d’effectuer un Master 2 en statistiques appliquées à l’agrocampus de Rennes. »

À quel moment as-tu dû trouver un apprentissage ?

« C’était lorsque j’étais à l’Institut polytechnique UniLaSalle, au campus de Beauvais. J’ai directement pu intégrer la deuxième année grâce à l’obtention de mon BTS qui m’a donné des crédits, mais j’ai tout de même dû effectuer une semaine de remise à niveau en mathématiques et statistiques… Une semaine pour connaître tout le programme du bac S, c’était très intense ! Le diplôme que je préparais devait s’effectuer en 5 ans (c’est-à-dire en 4 ans dans mon cas), et l’option apprentissage m’a été proposée au début de ma troisième année. »

A-t-il été facile pour toi de trouver une entreprise ?

« Je vais être honnête : il n’est pas toujours évident de trouver un apprentissage, car l’entreprise doit payer un salaire en fonction de l’âge de l’apprenti, et dans mon cas elle devait également financer ma formation qui coûtait environ 5000 euros par an. J’ai envoyé une dizaine de lettres de motivation et CV, et j’ai eu environ 3 ou 4 réponses négatives. Néanmoins, j’ai eu la chance d’être convié à trois entretiens, et les trois organismes m’ont accepté, c’était donc à moi de faire un choix par la suite. »

Comment t’y es-tu pris pour candidater ?

« Le plus important a été de personnaliser chaque lettre de motivation et chaque CV ! C’est une étape à ne jamais négliger si l’on souhaite avoir une chance d’être recruté. Les offres d’apprentissage peuvent se trouver sur internet, mais je trouve cela dommage d’envoyer des candidatures qui ne sont pas personnalisées car cela n’aide pas à montrer notre intérêt pour l’entreprise en question. Au bout d’une semaine après l’envoi de ma candidature, je n’hésitais pas à rappeler les entreprises afin d’obtenir une réponse, qu’elle soit positive ou négative. »

Peux-tu nous parler un peu de ton expérience au sein de ton entreprise ? Quel était le rythme de travail école/organisme ?

« Je travaillais dans un organisme de conseils aux éleveurs de vaches laitières et mon poste principal était de travailler dans la recherche. En quelques mots, cela consistait en l’analyse d’échantillons de lait. Grâce à des modèles mathématiques, il était possible de savoir si la vache était en gestation ou non – ce qui signifie qu’il n’y a plus besoin d’échographie, de vétérinaire… Concernant le rythme, cela pouvait légèrement évoluer mais je dirais que je faisais environ un mois d’école pour un mois d’entreprise. Pour l’anecdote, j’avais l’impression d’être en vacances de l’entreprise quand j’étais à l’école, et inversement ! »

Pourrais-tu nous évoquer les avantages et inconvénients de l’apprentissage ?

« Il n’y a pas d’inconvénients. L’apprentissage est une manière de concrétiser ses projets. Je pouvais projeter tout ce que j’apprenais en cours dans mon travail à l’organisme. C’était le début des responsabilités ! De plus, en tant qu’apprenti, je commençais à gagner un salaire, tout en ayant 5 semaines de vacances. Cela est très formateur ; dans mon cas, j’ai pu faire le point sur ce que je voulais vraiment faire dans la vie. On n’est plus dans un circuit où on nous apprend uniquement du par cœur, comme cela est souvent le cas à l’école… Avec l’apprentissage, on se projette, on met en pratique. »

Est-il possible de glisser quelques mots pour les jeunes en quête d’apprentissage ?

« Le secret est l’acharnement. Quand on veut quelque chose, il faut tout donner et surtout, ne pas hésiter à se remettre en question. Il est important d’avoir un bon relationnel et d’assurer le suivi de ses candidatures. L’objectif ? Il faut que votre recruteur se dise « il me faut cette personne », il faut partir avec l’idée que c’est lui qui a besoin de vous, et non l’inverse. Je dirais également qu’il est primordial d’être passionné et curieux de manière générale. L’envie de découverte doit se véhiculer durant l’entretien. »

À l’issu de ton apprentissage, qu’as-tu fait ? Aujourd’hui, te sentirais-tu capable
d’accueillir un apprenti ?

« Je n’ai pas continué dans l’agronomie, même si c’est un milieu protecteur, familial et communautaire. Ce secteur, et l’apprentissage, m’ont permis de me construire. Maintenant, je gère deux entreprises – cela n’a pas toujours été évident, mais j’ai persévéré. Je vis désormais de l’achat d’appartements que je refais à neuf, et que je propose en location ou en appart’hôtel. Je monte également une entreprise de formation sur la gestion afin de faire profiter de mon expérience aux autres. Je suis curieux et j’aime vivre pleinement, j’apprécie donc beaucoup d’être chef d’entreprise et de gérer ma vie professionnelle comme je l’entends. Il faut vivre positivement et avancer malgré les chutes. Actuellement, je n’ai pas de structure pouvant accueillir un apprenti puisque je travaille avec des partenariats, mais je pense que je serai capable de prendre un apprenti sous mon aile afin de lui faire découvrir tous ces aspects positifs de l’apprentissage ! »

Tu souhaiterais en savoir plus sur l’entrepreneuriat quand on est apprenti ? L’ANAF te donne ses conseils dans cet article !

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